
Là, faut affranchir la clientèle, tant l’affaire est pas piquée des hannetons.
Alors voilà l’histoire.
Le 24 juillet 1987, l’ancêtre de notre CSA, la CNCL (Communication Nationale de la Communication et des Libertés) décide de nettoyer la bande FM parisienne.
Et pas qu’un petit peu.
Aux quat’coins d’Paris qu’on va la retrouver éparpillée, cette bande FM.
Par p’tits bouts, façon puzzle.
Pour Raoul qu’elle se prend, cette CNCL.
Sauf qu’en face, on l’entend pas de cette oreille ! Ah, ça non ! Parce que la Bande FM quand on lui en fait trop,
elle dynamite, elle disperse, elle ventile.
Or donc, le 24 juillet 1987, quand les treize Sages de la CNCL (dont Michel Droit) via Yves Rocca (cité dans cette séquence) rendent public la liste des trente-neuf radios retenues (sur cent cinquante projets !) v’là que Radio Riposte remet le couvert. Sous un autre nom. Celui du Réseau Liberté.
Le principe ?
Les radios recalées par la CNCL font antenne commune, chaque soir à partir de 19 heures.
Parmi elles :
Ici et Maintenant avec
Didier de Plaige (il est largement l’initiateur du Réseau Liberté),
Radio Aligre avec Ben Karroubi et Jazzland avec Roland Fornari et Yannick Chalony.
A ces trois-là, viendront se greffer (et très vite) Génération Future, Radio Asie, Radio Soleil Goutte d’Or, Radio Nanterre,
Radio 3, Proxima du Centaure, Cité FM, etc.
Le lundi 27 juillet, elles étaient vingt-trois à diffuser le même programme en fin de journée.
Et chaque soir, le site changeait.
Le vendredi 24 juillet - soit le premier jour - c’est depuis les studios de Radio Libertaire (qui, reçue par la CNCL, ne fit pas partie du Réseau Liberté, mais le relaya sans en adopter le principe pour des raisons de fonds) que le « programme commun » fut diffusé sur six radios.
Le but de l’opération était évidemment de faire corps, résistance, pour tenter d’infléchir la décision de la CNCL.
Et ça marchera.
A moitié (voire moins encore).
Car la CNCL est maline, vois-tu. Elle comprendra fissa qu’il suffisait d’accorder une fréquence aux « meneurs » pour que le Réseau Liberté meure de lui-même.
Or donc, c’est ce qu’elle fit.
Le 21 août, nos treize Sages à qui, visiblement, on n’apprendrait pas à grimacer, refilèrent un sésame à Radio Aligre, Ici et Maintenant, Future Génération (si elle acceptait de partager une fréquence avec AAIM) et Radio Asie (si elle était d’accord pour cohabiter avec Courtoisie).
De fait, privé de ses
durs à cuir, le Réseau Liberté partit en sucette.
Bien joué, Raoul !
Quoi qu’il en soit, voici (la fin de) la deuxième soirée du Réseau Liberté.
Le samedi 25 juillet 1987.
Après Radio Libertaire, la veille, c’est depuis Aligre que part le « programme commun » (la séquence est une pige de Jazzland, qui fut l’une des huit radios, ce soir-là, à relayer le Réseau).
C’est Ben Karroubi et Malvina qui mènent les débats.
Avec eux, dans les studios, deux Michel : l’un de TF1 et l’autre de Radio Asie (radio farouchement de droite). Egalement, Mao, de
La Gazette des Nouveaux Médias.
La diffusion est sur le point de se conclure quand, tiens donc ! un dernier auditeur voudrait s’exprimer. Et pas de bol, il se trouve que c’est Raoul n°2. Le genre de type qui
disperse, ventile et dynamite au carré.
La poésie, en moins.
NB1 : Certains membres de la CNCL reconnaîtront, plus tard, n’avoir jamais compulsé ou jeté le moindre chasse sur les dossiers (des projets) déposés. Obéissant plus à une volonté politique (et/ou financière) qu’autre chose.
Le problème, c’est que lors de la publication de la « liste » (le 24 juillet 1987), cette volonté politique était tellement évidente, qu’elle suscita la colère, la résistance (Réseau Liberté, donc) mais itou, la justice.
Le 28 juillet 1987, soit quatre petits jours après la publication de la liste, Larsen FM portait plainte contre Radio Courtoisie, accusée de « corruption active », par le biais de son Président Jean Ferré, à l’encontre des membres de la CNCL, plus particulièrement
Michel Droit.
Le 28 octobre 1987, une information judicaire fut ouverte contre un chargé de mission de la CNCL, Pascal Vallery-Radot, dans le contexte d’un « trafic d’influence » ayant bénéficié à Radio Orient.
NB2 : Outre Radio Orient et Radio Courtoisie, deux autres décisions de la CNCL furent considérées comme « hautement suspectes ». Elles concernaient Radio Montmartre et Radio AYP (radio de la communauté arménienne qui, à la surprise générale, fut préférée à sa cousine Radio ASK).
Effectivement, c’était pour le moins curieux, vu que le boss de AYP, Pierre Mouselli (entre autres, propriétaire des magasins de fourrure Pierrot Le Loup) finançait copieusement
Radio Montmartre ; il en était même le Président des Amis.
Si on ajoute que c’est avec le Président de Radio Montmartre, Guy Noël, que Pierre Mouselli avait créé Radio AYP, et que Raymond Marcillac (oui ! le même que celui de feu L’ORTF), animateur-vedette de Radio Montmartre, était un ami très proche de Michel Droit, effectivement, c’était plus que « hautement suspect » ..
Bien entendu, toutes ces « tracasseries » judiciaires, n’est-ce pas, eurent pour conséquence la dissolution pure et simple de la CNCL qui, le 17 janvier 1989, fut remplacée par la Commission Supérieure de l’Audiovisuel (CSA).NB3 : Enfin, dans le registre des actions autres que Réseau Liberté, citons :
- Mokhtar, Président de Radio Soleil Goutte D’Or (non autorisée par la CNCL), qui entamera le 10 août 1987, dans les locaux de sa station, une grève de la faim, qui se terminera à l’hôpital le 28 août.
- Tout le staff de Cité FM qui tentera d’occuper le siège de la CNCL et se fera déloger par la police.
- Enfin
Radio Show, Radio du Monde Arabe et Radio Rosta, qui seront saisies pour ne pas s’être conformées (avant le 30 août 1987) à la décision de la CNCL, les deux premières s’étant réfugiées sur la bande militaire !