
Dans Libération de date du jeudi 15 juillet, il est question de
voice-track. Le journaliste du quotidien d’Edouard Rothschild a qualifié l’affaire de « radio en boîte ». Ce qui, à mon sens, n’est pas tout à fait éloigné de la réalité quand bien même ceusses qui font appel à des « voice-trackers » s’en défendent.
L’argument ?
«
Ça permet aux petites radios d’ouvrir une antenne vingt-quatre heures sur vingt-quatre ».
Certes, mais il se trouve que les « grosses radios » ou supposées « grosses » donnent itou dans le voice-track.
Mais rappelons ce que c’est, le voice-track.
Pour faire simple, prenons la télévision. La plupart des émissions du petit écran sont préenregistrées. Que dis-je la plupart ! L’immense majorité. Avec un sommet de ridicule : les fêtes de fin d’année. Ce fameux 31 décembre, soir de la Saint-Sylvestre.
Des
people sapés bling-bling vous souhaitent
« bonne année, bonne santé ! » avec des sourires grands comme ça, des cotillons, du champagne, or, ils ont enregistré l’émission vers la fin novembre.
Pardonnez-moi, mais vraiment, je trouve cela grotesque.
Me souviens que lors du tsunami (26 décembre 2004) toutes les télés avaient ajouté un bandeau rouge en bas de l’écran pour signifier que l’on pouvait faire des dons, qu’il fallait penser aux « victimes » en précisant que l’émission où les gugusses se bidonnaient dans notre écran, faisaient la fête pour nous donner du « bonheur » avaient été enregistrée depuis belle-lurette. Bref, ils étaient gênés aux entournures, ces gens de la télé. Tu m’étonnes !
Eh bien, voilà qu’on fait de même à la radio. Hormis la matinale, tout le reste de la journée peut être préenregistrée. Voice-trackée, donc. Et à pas cher. C’est surtout ça, le truc : à pas cher.
J’appelle ça de la Low Radio (comme le low cost).
Pourtant, les voice-trackers défendent leur taf :
«
La radio c’est de l’imaginaire, dit l’un deux dans Libération.
Qu’on le fasse du Pas-de-Calais, des Pyrénées ou de Paris, c’est la même sincérité »
Sincérité ? ..
Je ne savais pas que la radio était une question de sincérité.
«
Le voice-track n’est pas en train de tuer le métier, poursuit le même,
au contraire.
Il permet à des petites radios d’avoir de bons animateurs, et à des bons animateurs de travailler. »
Mais la cerise sur le pâté c’est bien cette remarque :
«
L’auditeur se fiche de savoir où est l’animateur. »
Ben voyons ..
Or, donc, un « bon animateur » peut voice-traker pour des dizaines de radios du Pas-de-Calais aux Pyrénées.
Questions : où est alors l’identité même de la radio ? Qu’est-ce qui la distingue des autres ? Qu’offre-t-elle de plus que les autres, sinon la même chose ? L’auditeur en a-t-il vraiment rien à faire ?
Quand je vois la nouvelle génération qui se fait sa propre programmation sur Ipod (ou équivalent), je me dis qu’il y a matière à réfléchir.
J’ai toujours pensé que, contrairement à l’outil télé, la vraie force de la radio c’était de parler en direct à l’auditeur. La radio, c’est à mon sens, du direct. Nuits comprises. C’est un lien, la radio. Une présence. En l’occurrence, humaine.
Cependant, j’admets qu’il puisse y avoir des exceptions. Rares. Ici, par exemple.
Ici, c’est-à-dire le vendredi 18 juillet 1986, à Torcy (Seine-et-Marne).
Nous sommes sur Radio Contact.
L’animateur donne les programmes de la journée à grands coups de «
heure à laquelle vous retrouverez », sans oublier un énorme «
contrairement à ce que vous puissez penser ».
Là oui, d’accord, un voice-track aurait fait l’affaire. On eut même préféré.
Mais de là à ce que ça devienne la règle, non. Définitivement : je dis non. Car ce n’est pas de la radio, c’est de la conserve en boîte. Impersonnelle. Décharnée.
Sans âme.