
Le document sonore que vous donne à entendre
Eldoradio ce jour est différent de ceusses proposés habituellement. Dans la mesure où il ne s’agit pas d’un « rendu antenne » mais d’extraits choisis (10 minutes sur 28 au total) d’un entretien (à bâtons rompus) réalisé par
La Gazette Parlée Des Nouveaux Médias en août 1987. D’une certaine manière il est cousin de celui de
Jacky Gallois réalisé en 1991 par Nathalie Leruch (pour la station Europe 2) étant donné qu’il s’agit d’un « master ».
Peut-être faut-il commencer par
La Gazette.
Créée en mai 1982, elle avait pour vocation d’informer les « professionnels de la profession » (qu’ils soient de radio, de presse ou de télévision) mais aussi les auditeurs (les lecteurs et les téléspectateurs) sous la forme d’un journal bihebdomadaire consultable sur … répondeur téléphonique. Ce qui, à l’époque, constituait une innovation en termes d’utilisation des réseaux téléphoniques.
Or donc, en août 1987, c’est
Pierre Raiman (notre photo), un des membres fondateurs de la station rock Ouï FM, qu’est sur le gril de ladite
Gazette.
En août 1987, Ouï FM existe déjà. «
Depuis sept/huit mois ». Mais il lui manque l’essentiel : une autorisation d’émettre (pour cinq ans) de la
CNCL.
Et c’est là, me semble-t-il, qu’il faut apporter quelques précisions au discours de
Pierre Raiman.
Précisions qui ne sont pas dans ce document sonore.
En 1985, SOS Racisme (via Julien Dray et Harlem Desir) entre en contact avec
Pierre Raiman.
L’objectif : créer une radio qui relaierait les idées et la culture de l’association.
Ce projet aboutira sous le nom de :
Ça Bouge Dans Ma Tête |*]. Mais tournera vite court. Avec les inévitables prises de bec.
Et là, bien entendu, les versions divergent.
Selon Philippe Schwartz (lire aussi : NB3 en queue d’article), directeur d’antenne de Ça Bouge Dans Ma Tête, Pierre Raiman se serait servi dudit projet pour «
monter » sa propre radio. Bref, SOS Racisme aurait été grugé(e).
Ce que nie Pierre Raiman, tout en concédant (
Libération du 18 janvier 1996) que l’idée consistant à diffuser par le biais d’une radio les « idées » de SOS Racisme était «
absurde » et d’ailleurs, ajoutait-il : «
ça n’a pas marché ».
Or donc, estimant «
absurde » le bébé radiophonique que SOS Racisme lui avait confié, que fait Pierre Raiman ?
A la fin de l’année 1986, dans un café parisien de la place Saint-Sulpice, il rencontre un autre taulier radiophonique, Michel Baudet, fondateur de Radio Trans Hélium dite RTH99 («
Vingt-quatre heures de rock sur vingt-quatre heures de radio ») et le convainc de s’unir afin de donner naissance à une «
nouvelle radio », «
rock », «
culturelle » et – c’est important – «
commerciale » !
Et c’est ainsi que Baudet et Raiman prennent le contrôle de Ça Bouge Dans Ma Tête, la rebaptisent Ouï FM, ce qui, en l’occurrence, ressemble furieusement à une OPA. Un peu ..
Dans un premier temps, Ouï FM émet sur la fréquence de feue Radio-Libération (radio du quotidien du même nom). Avant que la CNCL ne l’en déloge.
Et nous voilà rendu à ce fameux mois d’août 1987.
Il était, je crois, pas inutile de le préciser.
D’autant plus que dans ce document, on a comme l’impression que Michel Baudet et Pierre Raiman se sont mis d’accord l’avant-veille ou quasiment ..
Sur ce, il est désormais temps d’entrer dans le vif, un vif nullement dénué d’intérêt, puisque ce qui est dit, énoncé, ce sont ni plus, ni moins, que les bases, les fondations de Ouï FM.
Et l’on pourra mesurer le chemin parcouru entre ce meccano radiophonique et ce qu’il est devenu.
Sans doute pourrez-vous répondre (ou pas) à la question qu’était posée par Pierre Raiman en ce mois d’août 1987 :
«
Est-il possible de faire en FM, une radio qui soit culturelle et qui soit, en même temps,
une entreprise commerciale ? ».
Or donc : rentable.
{enclose Sound0000262.mp3}
[*] Demain (jeudi 25 novembre 2010, minuit) Eldoradio vous proposera justement un « son » de
Ça Bouge Dans Ma Tête où Elisabeth Quin devise avec le fils de la chanteuse Régine : le regretté Lionel Rotcage (
Libération,
Rolling Stone,
Challenges)
NB1 : En 1991, soit quatre ans après l’autorisation délivrée par la CNCL, Polygram et Virgin reprendront
Ouï FM. Ce sera la fin de l’aventure pour Pierre Raiman, fin que l’on peut considérer comme un échec.
Bruno Delport prendra alors les rênes de
la station rock.
En décembre 2008,
Arthur a racheté Ouï FM au groupe Virgin.
NB2 : Après Ouï FM, Pierre Raiman se tournera vers la création de CD-Rom culturels (décidément, le culturel ET le commercial, c’est son « dada ») en créant, en 1994,
Montparnasse Multimédia. Le 31 janvier 2002, cette société, dont il était le PD-G, déposera le bilan «
faute d’avoir su négocier le virage Internet » (Source :
L’Expansion du 14 février 2002)
Raiman rebondira chez
Mindscape, créateur et éditeur de Jeux vidéo, où il sera notamment Directeur Général de la division Jeux pour la jeunesse (2002/2009).
Aujourd’hui, il est Directeur Général de la société
Iffinity, un éditeur de logiciels applicatifs également impliqué dans les réseaux sociaux.
NB3 : Pierre Raiman est le fils de
Jacques Raiman, ex-PD-G de la société GSI (Général de Services Informatiques) société qui fut dirigée par
Edouard Balladur de 1977 à 1986 et dont Jacques Raiman fut, itou, le conseiller quand ce dernier était ministre de l’Economie, des Finances et de la Privatisation du gouvernement Jacques Chirac présidé par M. François Mitterrand (première cohabitation : mars 1986/mai 1988).
Philippe Schwartz, directeur des programmes de Ça Bouge Dans Ma Tête, affirme (
Libération – 18 janvier 1996) que
Jacques Raiman était partie prenante dans ce qu’il nomme «
un détournement de projet » de la radio créée par
SOS Racime. D’après lui :
«
Il y a eu des contacts avec Pierre Bergé, puis deux dîners chez le père Raiman, qui formait un couple d'enfer avec Balladur. Lui et son fils voulaient une radio commerciale. Ce fut une escroquerie politique ».