
Le jeudi 12 décembre 1996, la station
Rire et Chansons, via ses auditeurs et ses « stars » du rire, se mobilise contre une décision du
CSA.
Pour comprendre pourquoi, il faut revenir un an en arrière.
En 1995, les principaux concurrents du groupe NRJ disposent d’un troisième réseau national. Ainsi la feue
CLT (Compagnie Luxembourgeoise de Télévision – RTL et
RTL2) en rachetant Fun Radio, et le Groupe Europe (Europe 1, Europe 2) en prenant le contrôle de RFM.
Or donc, deux larrons restent en carafe.
Jean-Noël Tassez (RMC, Nostalgie) –
qui vient cependant de faire l’acquisition de Radio Montmartre dans le but de bâtir un troisième réseau national – et donc,
Jean-Paul Baudecroux, ce dernier n’étant fort que de deux réseaux,
NRJ et
Chérie FM et … d’une fréquence francilienne avec Rire et Chansons.
On rappelle que c’est sur
les cendres de Pacific FM, que le groupe NRJ aura pu développer, fin 1989, le réseau Chérie et créer Rire et Chansons sur le 97.4 Mhz parigot (ancienne fréquence de Pacific).
Oui mais … Ce qu’il faut savoir, c’est que Baudecroux aura tenté successivement de mettre le grappin sur Fun Radio, RFM et Radio Montmartre ! Qu’auront donc échu à ses concurrents. Bref, il y avait une course effrénée, et sans pitié, entre chaque groupe pour constituer le plus vite possible
un troisième réseau national, et dans cette course, Baudecroux, pour une fois, est à la ramasse.
Alors que fait-il ?
Fin janvier 1995, malin comme trois singes capucins, il se dit que, ma foi, sa fréquence francilienne, Rire et Chansons, pourrait l’aider à le créer, ce fameux troisième réseau. Il suffirait pour cela de proposer le programme à des radios locales privées de province. Seulement voilà, il n’en a pas le droit. Ou alors, il faudrait que le CSA se montre magnanime et lui accorde une dérogation, ou
invente une nouvelle catégorie de radios (une B bis, par exemple).
Pour contourner le problème, rusé comme douze renards, Baudecroux fonde un GIE (Groupement d’Intérêt Economique) qu’il baptise : Rire ... Et hop, il commercialise vite fait une quinzaine de radios locales, dont l’emblématique Radio Service à Marseille.
Ce qui veut dire quoi ?
Eh bien que Radio Service (dont le responsable d’antenne était, à l’époque,
Jean-Philippe Denac) s’appelle toujours Radio Service, mais qu’elle diffuse en local, avec des animateurs vivants, le programme Rire et Chansons tout en gardant son autonomie (programmation musicale, informations, évènements locaux, etc.).
Futé, non ?
La réplique ne se fait pas attendre. Elle vient du Syndicat des Radios Généralistes Privées (RTL, RMC, Europe 1) présidé par Martin Brisac (itou, à l’époque, Directeur délégué du Groupe Europe 1) qu’a bien lu dans le tour de passe-passe de Baudecroux, évidemment les fondations d’un troisième réseau national, mais surtout, une pression mise sur le CSA pour qu’il modifie la loi. Or, ledit syndicat ne veut pas que le CSA la modifie. Et le lui fait savoir lors d’
une audience en octobre 1996.
Mais Baudecroux n’en a cure et poursuit le développement de Rire et Chansons en province, allant jusqu’à proposer, à la mi-juillet 1996,
un contrat de franchise avec une centaine de radios locales.
En décembre 1996, elles sont soixante à reprendre le programme Rire et Chansons.
C’est là qu’intervient le CSA. Qui n’est pas contre le fait que NRJ puisse bénéficier d’un troisième réseau,
et d’ailleurs, comment le pourrait-il alors que la CLT et le Groupe Europe ont pu développer le leur, mais c’est la méthode utilisée par Baudecroux qui lui déplaît. Qu’il assimile – à juste titre – à un
passage en force.
Or donc, le CSA envoie aux locales, un avis de « mise en demeure » les sommant illico de reprendre leur ancien programme, et si elles ne s’y plient pas, elles perdront leur autorisation d’émettre.
Et nous voilà rendus ce fameux jeudi 12 décembre 1996.
Ce jour-là, Baudecroux tire à boulets rouges sur le CSA dans le quotidien
La Tribune ... Il l’accuse de «
partialité persistante », aussi «
d’inégalité de traitement » dans son suivi des radios et, emporté par son élan, estime que cette autorité est «
gravement discréditée ».
Pendant ce temps-là, sur l’antenne de Rire et Chansons, c’est la mobilisation générale.
Il est demandé aux auditeurs d’inonder d’appels le CSA d’
Hervé Bourges, mais aussi, Matignon (dont le locataire était : Alain Juppé).
En outre, les « stars » du rire (Alex Métayer, Roland Magdane, Sylvie Joly, Guy Bedos, Les Vamps, Guy Montagné, Chevallier et Laspales, Smaïn, Popeck, Jean Roucas, Patrick Sébastien et même Bruno Solo, etc.) se fendent de messages de soutien, qui moquant le CSA, qui évoquant «
une censure ».
Il va sans dire qu’à aucun moment, les animateurs de Rire, ainsi que les « comiques », ne donneront la vraie raison de cette « mise en demeure ». Ils n’informeront pas loyalement et déontologiquement les auditeurs. Mais c’est de
mauvaise bonne guerre. On l’a vu, itou, avec
Fun Radio et l’histoire des quotas de chansons françaises.
Rire fera même pleurer Mamie en évoquant «
200 emplois qui pourraient être supprimés » n'hésitant pas à aller assez loin en parlant de «
la plus grande répression de l’histoire de la bande FM ». Ce qui n’est même pas exagéré : c’est juste
faux et
outrancier.
Quoi qu’il en soit, cette « mobilisation »
paiera. Tout comme avait payé la manifestation pour «
la survie de NRJ » du 8 décembre 1984.
Encore une fois, Baudecroux triomphera.
Chapeau ..
Mais le triomphe de Baudecroux, est-ce vraiment celui de la Radio ?
NB1 : Suite à cette « mobilisation », le 13 décembre 1996, le Premier ministre, Alain Juppé, interviendra sous forme d’un communiqué où il disait «
souhaiter que le CSA assume ses responsabilités et trouve dans les délais les plus rapides une solution qui permette un développement harmonieux de toutes les catégories de radio ».
Si c’est pas une forme d’injonction, je suis la Reine du Danemark Equatorial.
Dois-je rappeler que le CSA est supposé être indépendant du pouvoir politique ?
NB2 : Trois ans après, en 1999, Le Groupe NRJ se retrouvera à la tête de quatre réseaux nationaux après avoir racheté Nostalgie à RMC.
Pour éviter une
très probable situation de monopole (sur le marché de la publicité locale) le CSA contraindra le Groupe NRJ à « fermer » les stations locales de Rire et Chansons. Ce qui signifiait plus de personnel dans les locales de Rire. Mais là, il n’y eut pas d’appel à se mobiliser. Pourtant, ça impliquait des suppressions d’emploi, non ? ... Je me permets de le préciser, étant donné que le 12 décembre 1996, Rire s’était saisi de cet argument pour mobiliser son auditoire …
NB3 : Le mardi 28 septembre 2010, Rire et Chansons a fêté ses 20 ans d’existence à l’Olympia.
Cette «
radio très formatée au slogan éprouvé ("
du rire garanti toutes les 3 minutes")
dixit Le Figaro, se porte plutôt bien. Contrairement à Nostalgie et Chérie FM. Cependant, si elle se vante de réunir «
4 800 000 d’auditeurs par semaine » sa durée d’écoute (1h07) est la plus faible de tous les réseaux (seule France Info fait moins bien avec 0h57).
A ce propos, il est intéressant de noter que les réseaux musicaux (hors Radios Privées Associatives et
Groupement Les Indépendants) recueillant les meilleures durées d’écoute sont : Nostalgie (1h40) Chérie FM (1h39) et RFM (1h38) soit trois « formats musicaux passéistes » ; bref des radios-de-souvenirs, quoi ...